Nos agents ont du talent !

Hicham Kebdou est agent des IEG mais aussi fondateur de l’association SAISIPA (Sentinelle vers l’Autonomie et l’Inclusion Sociale en Isère des Personnes avec Autisme).

Bonjour Hicham, pouvez-vous vous présenter et nous parler de votre parcours dans les IEG ?
Ce qui est formidable chez EDF, c’est la possibilité d’évolution et tous les différents métiers qui existent.
J’ai moi-même un parcours long et varié dans les IEG. En 1997, j’intègre l’école EDF de Saint-Tulle (04). À ma sortie en 1999, j’ai tout d’abord fait de l’accueil téléphonique puis physique auprès des particuliers à Cluses (74). Je suis ensuite devenu référent technicien puis commercial en chauffage électrique à Lyon (69). Je suis ensuite retourné en accueil clientèle pour les professionnels cette fois. Par la suite, j’ai souhaité revenir à Grenoble, ma ville natale, donc j’ai repris mes études en intégrant un IUT génie mécanique et productique avec pour objectif d’intégrer la DTG qui me faisait rêver pour la diversité des métiers. C’est à cette période que nous avons découvert l’autisme de mon fils. Je suis quelqu’un de pudique et je ne souhaitais pas m’étendre sur ma situation personnelle au sein de mon environnement professionnel, j’ai donc voulu tout mener de front. J’ai tenu pendant un an mais le rythme était trop intense, j’ai donc fait le choix d’intégrer un BTS en 2ème année. J’ai dû rattraper la 1ère année que j’avais raté, mais j’étais en classe avec d’autres élèves et plus en amphi, l’environnement était donc plus motivant et convivial. Après m’être démené, j’ai réussi mon BTS et j’intègre donc l’unité DTG en 2008. J’y suis resté pendant 10 ans sur différents métiers particulièrement techniques (C2M, BOTM essentiellement en nucléaire…). Je me suis formé en binôme, en formation, des recherches sur le net, les rapports EDF et d’étudiants, etc. Depuis 2018, je travaille au service MPSH, principalement dans l’hydraulique.
Après tous les métiers que j’ai effectués, j’ai pour ambition de finir formateur à l’UFPI pour apprendre et partager avec les autres. Je mène ma barque tranquillement et sereinement, je fais en sorte de toujours avancer dans ma vie. Je sais que les choses finiront par arriver avec de la patience.
 

Pouvez-vous nous raconter l’histoire de votre fils Younès ?

Quand il était bébé, Younès s’automutilait, il ne dormait pas, c’était très dur, nous étions désemparés avec ma femme. Nous sommes passés de professionnels en professionnels et un jour, le diagnostic est tombé, pour la 1ère fois, on nous a parlé d’autisme. Nous ne savions pas ce que c’était et nous sommes tombés de haut. Nous avons cherché des réponses à nos questions mais c’était le néant, personne ne nous apportait de réponses adéquates, dans ce genre de situation, il faut se débrouiller par soi-même. Nous avons visité des centres d’accueil, comme celui d’Echirolles et nous avons pris « peur » devant la thérapeutique (JET ou jardin d’enfants thérapeutique), un centre qui accueille uniquement des enfants autistes jusqu’à l’âge de 8 ans. Pour intégrer ce centre, nous devions faire un diagnostic rapide : Younès souffrait d’autisme sévère. Ce verdict était à la fois dur et soulageant, Younès avait 3 ans et nous pouvions avancer.
En plus du centre d’accueil, nous souhaitions que notre fils aille quelques demi-journées à la maternelle pour la socialisation, mais l’école publique nous a refusé son inscription, même avec une AVS (Auxiliaire de Vie Sociale). Nous avons ensuite contacté une école privée qui a accepté Younès à la rentrée des classes, à mi-temps avec une AVS. Le reste du temps, il allait au jardin d’enfant thérapeutique. Après une mauvaise expérience avec une 1ère AVS, nous avons changé et tout s’est bien passé par la suite jusqu’aux 8 ans de Younès.
À cet âge-là, le jardin d’enfant thérapeutique prenait fin, nous avons donc fait une demande de notification dans un nouvel IME (Institut Médico Éducatif), la Villa Cochet à Sassenage pour que Younès intègre une classe spécifique. Il passait donc 2h par jour en classe et le reste en accueil de jour. Nous étions très contents de cet IME mais à mi-chemin l’agrément est passé de 16 ans à 12 ans. Lorsque Younès a atteint l’âge de 12 ans, la Villa Cochet nous a indiqué que notre fils n’avait pas les compétences pour passer dans l’IMpro (Institut Médico Professionnel).
Nous avons donc fait des demandes pour qu’il intègre un autre IME plus adapté à son âge mais qui n’ont jamais abouti. Younès a aujourd’hui 16 ans et depuis 4 ans, il est toujours dans le même IME mais il ne progresse plus car il évolue quotidiennement avec des enfants plus jeunes que lui.

Vous avez fondé l’association SAISIPA, comment est né ce projet ?
Face à ces nouvelles difficultés, nous étions de nouveau désemparés. J’ai échangé avec d’autres familles et j’ai commencé à écrire pour raconter mon histoire, j’ai fait un état des lieux de la situation nationale puis locale. En France, il y a 700 000 personnes qui ont un trouble autistique, dont 100 000 enfants parmi lesquels 37 000 ne sont pas pris en charge. Je n’arrivais pas à trouver d’aide auprès des associations déjà existantes, on a essayé de me décourager dans mes démarches.

J’ai finalisé mon projet en 2018 et fondé la même année mon association SAISIPA (Sentinelle vers l’Autonomie et l’Inclusion Sociale des Personnes avec Autisme). Notre projet est d’ouvrir un établissement d’accueil de jour pour des préados et ados atteints de troubles du spectre autistique. À ce jour, nous travaillons sur des sujets abordant la prise en charge avec une équipe pluridisciplinaire comme un psychiatre, un éducateur, une psychomotricienne, nous avons des parrainages de personnes célèbres, des partenaires, etc. Depuis 2018, nous projetons d’acheter une ancienne maternelle de 700m² à Saint-Martin-d’Hères avec le soutien de la Mairie, d’entreprises locales… avec pour objectif d’ouvrir notre accueil de jour pour la fin de l’année 2021. Nous sommes heureux d’avoir obtenu un avis favorable du Maire ainsi que le soutien de toute son équipe pour nous appuyer dans le processus de rachat du bien.

Nous avons énormément d’idées et de projets concrets, nous commencerions par accueillir 12 enfants en accueil de jour, et une prise en charge le week-end pour que les parents puissent se détendre. Nous envisageons aussi la mise en place d’un « salon de répit » pour que les parents puissent échanger librement, la prise en charge des fratries pour que chacun trouve sa place et reprenne confiance en soi, au service de garde en fin d’après-midi pour que les parents puissent avoir un moment à eux… Dans un 2ème temps, nous souhaiterions lancer des résidences intergénérationnelles pour que les jeunes soient autonomes, et pourquoi ne pas étendre nos activités pour les enfants avec des troubles DYS, du soutien scolaire…
Je veux que les parents soient écoutées, accompagnés et reconnus. C’est un contrat moral et physique : nous assurerons les formations et le suivi des enfants, nous demanderons en échange aux parents de s’investir dans la vie associative en fonction des compétences et du temps de chacun.
Ce centre ne serait pas seulement pour les enfants mais aussi pour intégrer les personnes en situation de précarité, nous pensions à faire intervenir le service civique, l’insertion professionnelle et sociale pour proposer à des jeunes de découvrir le métier d’éducateur.
Nous travaillons aussi sur la prise en charge financière des parents. Le site internet a été fait gratuitement par un professionnel qui croit en notre projet. Nous recherchons un financement par des entreprises locales et nationales pour qu’elles s’investissent dans ce projet, je souhaite que nous nous autofinancions sans avoir à dépendre des subventions. Notre projet a un coût de 380 000€, à ce jour, nous avons encore 180 000€ de financement à trouver pour que cela aboutisse, mais je suis confiant. C’est un projet innovant et nous irons au bout. J’ai envie de faire bouger les choses à Grenoble. Si un jour quelqu’un souhaite mener un projet similaire, je serai prêt à l’aider administrativement, financièrement si on peut, je n’attends rien en retour.

Retrouvez toutes les infos sur l’association SAISIPA sur le site saisipa.com.

  • La brochure de présentation de SAISIPA ICI
  • La brochure sur le projet d’insertion professionnelle de SAISIPA ICI
Crédit photo : Hicham Kedbou

 

Author: Elodie

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